C’est seulement le troisième squelette de cette époque dont l’ADN a pu être exploité en Asie du Sud-Est. Retrouvé sur l’île de Célèbes, il a permis de découvrir un nouveau groupe humain aujourd’hui éteint et rend encore plus mystérieuse l’arrivée de l’homme dans cette région du monde.

C’est une découverte qui tient du petit miracle et qu’il a vite fallu préserver. Au fond d’une grotte étonnement bien protégée de la moiteur tropicale et des intrusions humaines, en 2015, sur l’île de Célèbes, une équipe d’archéologues découvre des ossements datant d’il y a au moins 7 200 ans.

Rapidement, cette trouvaille fait du bruit et se retrouve menacée se rappelle Akin Duli, archéologue à l’université Hasannuddin de Makassar : « C’était une grotte assez grande, fraiche, à l’abri de la pluie et du soleil. C’est d’ailleurs pour cela que ces os ont pu être préservés. Mais la nature y est tellement splendide que rapidement après cette découverte, les gens ont commencé à y venir et un projet de parc aquatique a été lancé. Fort heureusement nous avons signalé que cela endommagerait les recherches et donc les autorités ont fait arrêter ce projet. »

« L’hypothèse d’une vie préhistorique unique »

Cette découverte une fois préservée, le travail des archéologues bénéficie alors de celui de généticiens et un deuxième petit miracle se produit. En exploitant une partie très dure du crâne trouvé, il est possible d’analyser 2% de son génome et le squelette se met alors à parler. Il appartient à une adolescente morte à 17 ou 18 ans qui est immédiatement baptisée Bessé (prononcé bersik), nom réservé aux jeunes filles issues de la royauté dans la civilisation locale Bugis. 

Sous les yeux de l’équipe de scientifiques issue du monde entier, cette princesse préhistorique permet alors d’en savoir plus sur les premiers êtres humains d’Asie du Sud-Est et d’Australie, explique Akin Duli : « Cette découverte a pu confirmer l’hypothèse d’une vie préhistorique unique sur l’île de Célèbes, dont on avait déjà eu une preuve avec la découverte des plus vieilles peintures figuratives au monde qui datent d’au moins 45 000 ans. Mais jusque-là, il était difficile de dire quels genres d’hommes peuplaient l’île, d’où ils venaient, où ils allaient. Grâce au squelette de Bessé, nous avons pu analyser son ADN, et découvrir ainsi qu’elle en partageait une bonne moitié avec les Aborigènes d’Australie et des Papous. » 

Mais une moitié seulement, et c’est là tout le mystère de cette découverte. Car le génome de Bessé a également fait apparaître un lignage inconnu en provenance d’Asie continentale qui ne ressemble à aucun autre et bouleverse tout ce que l’on sait des origines asiatiques des peuples d’Asie du Sud-Est. Jusqu’alors, seule l’arrivée d’Austronésiens, au début de l’ère Néolithique était attestée scientifiquement. Le squelette de Bessé est lui la preuve qu’un groupe humain en provenance du continent asiatique est antérieurement arrivé dans la région. 

Mais si la provenance exacte de ce groupe humain est éminemment mystérieuse, sa destinée l’est également, car les habitants actuels de l’île de Célèbes descendent eux des Austronésiens, peuple détenteurs d’un savoir-faire non négligeable comme l’agriculture et la domestication des animaux.

« Pointes de Maros »

Bessé appartenait, elle, à un groupe de chasseurs cueilleurs. Trouvée avec des petites flèches dentelées nommées « pointes de Maros », elle demeure également le premier squelette découvert appartenant à la civilisation toaléenne, nommée par des archéologues suisses au début du XXᵉ siècle. Jusqu’alors, les traces de ce peuple de chasseurs-cueilleurs avaient seulement pris la forme d’artefacts retrouvés dans le sud de l’île de Célèbes et dont le plus ancien date d’il y a 8 000 ans. 

Si Bessé a ainsi pu livrer quelques un de ses secrets aux archéologues, sa découverte, elle, pose finalement d’innombrables questions encore sans réponses : pourquoi les Toaliens ont disparu ? Pouvaient-ils naviguer ? Seraient-ils à l’origine de l’introduction de certains animaux comme le dingo en Océanie ? Sont-ils les descendants des hommes qui ont peint sur les grottes de l’île de Célèbes les plus vieilles peintures figuratives découvertes à ce jour ?

Seules de prochaines découvertes pourraient permettre d’éclaircir l’histoire des Toaliens, et elles demeurent particulièrement rares en Asie du Sud-Est, où l’humidité ambiante et la météo endommagent considérablement toute trace de vie préhistorique.

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